Quand la forêt se lève, et chante, et que la voix d'un oiseau né vous appelle à l'écouter longtemps, alors il ne peut rien vous arriver de mal, alors vous savez que la vie ce matin ne fait que commencer...
Si j'étais une voix Je serais passagère A peine un Ré un La Sur la corde éphémère
Si j'étais une plume Je tremperais ma pointe Dans l'or des déraisons Je serais plume d'air
Si j'étais un bateau Je serais un rondin Naufragé d'un radeau Sur une île déserte
Si j'étais une femme Je serais une femme (Je n'suis pas une femme) Je serais centrifuge
Si j'étais un silène Je serais audacieux J'oserais bien l'obscène Je serais facétieux
Si j'étais une croix Je serais croix de biais X fois grande ouverte Je me multiplierais
Mais si j'étais un chat Aux pattes douces et tièdes Si tu étais sirène Si tout était si simple Je serais tout à Toi Et tu serais ma Reine Et je serais ton roi
Vous qui trinquez en silence A la tête des nuits sans lunes Allumeurs d'Espérance De folie et de runes Vous qui pendant des lunes Ne savez dire un mot Qui vaille qu'on l'exhume Vous qui pour une flamme Une étincelle d'or Donnez parfois votre âme Donnez tout votre corps Vous qui savez le bruit Que fait le pur silence Vous qui craignez la nuit Que fait la page blanche Vous qui mourez enfin Chaque fois que l'Amour Semble à jamais éteint Vous qui ne savez voir En brume du dédain Vous qui sentez pourtant Que brille un lendemain De joies et de festins Vous amis frères humains Et sœurs de serre-main Je vous salue J'espère Et vous aime de loin
Nous avançons vers des promesses de bonheur si lointain, et ce faisant, en pressentant demain, nous gageons le présent : nous devenons adultes, pour offrir à l'Enfance à naître des chemins, un peu de terre et d'eau, la fête, avant la lutte...
Nos rêves s'amoncellent En ruines à venir Nous sommes bien les hommes Race de l'avenir Garants de ce passé Que nous savons trop fuir Ou bien tant ressasser Qu'il ne veut plus rien dire
Alors nous avançons De biais comme des crabes Ne sachant s'il nous faut Partir ou revenir
Nos yeux savent déjà Ce que nos pas ignorent Eux qui même la nuit S'agiteraient encore Courant de haut en bas Tombant du sud au nord Pour reprendre au matin La bride et puis le mors Qui fait marcher au pas L'homme parqué au port.
Garde toujours un pied Dans l'univers connu Et l'autre pied vaillant Te servira de guide
Comme un bâton sourcier Dressé à l'aventure Devine l'avenant Et connaît l'avenu Entre les bras solides D'une mémoire d'homme Ancrée dans le sol ferme Des terres parcourues
C'est au prix seulement De ce compromis là Que tes jambes iront loin Et que d'autres que toi Te suivront pas à pas
Un pied sur le chemin solidement posé Et l'autre tâtonnant Agile à tout oser
Parlez mais parlez donc, mais par les temps qui courent, par les apartés d'air aux tempes désertées des battements d'amour, par les tympans percés des anges et des sourds, par les mensonges froids des parlements de pierre, parlez mais parlez dons, à peine de silence, quand il vous point au cœur, taillé comme une lance, au bout d'un si très long, l'hypothèse en avance, la note pénultième, sonnant le glas des glottes, parlez, mais par avance, parlez à perte et sans propriété de sens, parlez sans copyright, parlez portes ouvertes à toute contingence, parlez sans pertinence, parlez sans permission, parlez pour prendre part à cette partition de paroles errantes au fond de vos prisons.
Nous naissons riches, et nous mourons pauvres. Riches de l'infiniment possible de la quête des fous, et pauvres de même, de la progressive absence de cet infini pur, qui donnait à l'Enfant des armes pour Aimer, de la terre et quelques cailloux pour unique trésor, et les nuages en guise de lit où l'on s'endort...